AGRICULTURE-ALIMENTATION – Comment mangerons-nous en 2050 ?
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→ Une agriculture régionalisée et résiliente au service d’une alimentation de qualité


AU SOMMAIRE:

NOTRE CONSTAT
LES ENJEUX
NOTRE VISION POUR 2050
DES PISTES D’ACTION POUR LA RÉGION
LE PORTRAIT DE NURAH

NOTRE CONSTAT

Les Pays de la Loire sont une région agricole d’abord tournée vers l’élevage des bovins, porcs et volailles. Cependant, la pêche, l’aquaculture, l’horticulture, la viticulture, le maraichage, la saliculture ou encore l’arboriculture y occupent également une place importante. L’agriculture ligérienne et l’agroalimentaire contribuent fortement à la richesse de notre région à travers des productions de qualité, à haute valeur ajoutée. Ce secteur représentait en 2017 plus de 100 000 emplois[1].

Le modèle agricole industriel, s’il a permis à la France d’atteindre l’autosuffisance alimentaire au sortir de la guerre, est cependant aujourd’hui remis en cause : scandales alimentaires à répétition, réchauffement climatique, mauvaise qualité de l’eau, épuisement des ressources, diminution du nombre d’agriculteurs, extinction de la biodiversité, disparition du système polyculture-élevage, souffrance animale en question. De plus, la forte artificialisation des terres agricoles pose la question de notre autonomie alimentaire à long terme.

Des changements de modèle sont aujourd’hui à l’œuvre, avec par exemple une forte progression des conversions en agriculture biologique dans notre région (une installation sur cinq en 2018[2]), poussés par des attentes nouvelles des consommateurs (produits sains, locaux, de qualité, bien-être animal…) et pour répondre aux grands défis environnementaux et climatiques.

Ces changements commencent également à se traduire dans les assiettes des consommateurs, qui modifient leurs habitudes alimentaires. L’impact sur la santé de l’alimentation est en effet de plus en plus mis en avant et appréhendé comme un enjeu de santé publique (diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires…).


LES ENJEUX

  • Conserver le foncier nécessaire pour garantir l’autonomie alimentaire de notre région et préserver la biodiversité nécessaire à des systèmes agricoles durables.
  • Accompagner l’agriculture et les agriculteurs et agricultrices dans les transitions écologiques et l’adaptation au changement climatique.
  • Relocaliser les productions et favoriser les circuits de proximité, notamment en multipliant les unités de transformation au plus près des lieux de production et de consommation (abattoirs, découpe, légumeries et conserveries…).
  • Transformer nos habitudes alimentaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et en intégrant l’autonomie protéique et accompagner nos agricultures face à ces mutations.
  • Assurer la pérennité des systèmes agricoles à taille humaine en travaillant notamment sur la transmission.
  • Lutter contre le gaspillage à chaque étape de la chaîne alimentaire.
  • Sortir de la dépendance à l’agrochimie fortement polluante, consommatrice en pétrole et émettrice de gaz à effet de serre.
  • Protéger et gérer la ressource en eau et en garantir la qualité.
  • Développer l’agriculture urbaine et périurbaine agroécologique et low-tech.
  • Soutenir la production d’éco-matériaux (chanvre, bois, paille).

NOTRE VISION POUR 2050

En 2050, le monde agricole sort d’une phase de transition. Un outil local d’aide au changement des pratiques a permis d’accompagner ces transitions du monde agricole, comme la sortie des pesticides, au bénéfice de la santé, de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le renouvellement des générations et l’installation de nouveaux paysans, dont un certain nombre issu des mouvements migratoires, est assuré également grâce à cet outil.

Un système de coopératives locales, portées par les agriculteurs, les citoyens et les collectivités, s’est développé en lien avec une gouvernance alimentaire territoriale. Elles assurent désormais la souveraineté et la sécurité alimentaire de notre région. L’agriculture, sortie de l’économie de marché libéralisée, ne dépend plus des cours mondiaux et des crises conjoncturelles sur toute la planète. Elle est pleinement intégrée dans son territoire, plutôt que dans des grands groupes agro-business.

L’agriculture, devenue résiliente au changement climatique, a aussi adapté ses productions. Des espèces et des variétés plus résistantes aux vagues de chaleur sont désormais privilégiées, par exemple au détriment du maïs qui nécessitait des quantités d’eau trop importantes. L’élevage joue son rôle de production raisonnée de lait et de viande, dont la consommation a fortement diminué. Son maintien, avec les prairies associées, permet également de conserver une diversité paysagère favorable à la biodiversité, à la qualité de l’eau, au cadre de vie et au tourisme.

Les conflits autour de la ressource en eau ont diminué, tandis que sa qualité s’est largement améliorée grâce à l’arrêt de l’utilisation des pesticides et autres matières chimiques. Un effort de reboisement et de préservation des sols auquel s’est associée l’agriculture y a également contribué, tout en atténuant le réchauffement climatique, à travers le développement des pratiques d’agroforesterie et la plantation de haies et d’arbres. Ces enjeux sont en effet gérés et pilotés par la commission locale de l’eau (parlement local de l’eau) qui permet un dialogue permanent et un partage des priorités.

Le régime alimentaire des consommateurs s’est transformé, privilégiant les aliments d’origine végétale pour atteindre l’autonomie en protéines de chacun. Avec l’éducation à l’alimentation reçue dès le plus jeune âge, les consommateurs ont repris goût aux aliments et savent comment cultiver et cuisiner à leur échelle (individuelle, quartier…).

Se nourrir, c’est donc désormais manger mieux, manger sain, manger local, avec des consommateurs acteurs de leur alimentation et un métier d’agriculteur paysan complètement revalorisé.

DES PISTES D’ACTIONS POUR LA RÉGION 

  • Déclarer la région hors « fermes usines » comme cela a été fait dans les années 2000 à propos des Organismes Génétiquement Modifiés (O.G.M) et refuser tout soutien financier à ce type d’installation.
  • Instaurer un nouveau règlement des aides aux entreprises de l’agro-alimentaire pour sortir d’une logique de « chèque-cadeaux » et conditionner les aides à des critères environnementaux, de coopération et de relocalisation.
  • Mettre en place un plan visant à atteindre l’autonomie protéique et de manière plus générale l’autonomie de production pour un système économique agricole résilient et protégé des instabilités mondiales.
  • Soutenir l’installation de coopératives ou de régies locales autour de l’alimentation et portées par des groupes d’agriculteurs et/ou des collectivités, avec une puissance d’acquisition foncière en gestion collective.
  • Soutenir l’enseignement agricole et s’impliquer pour qu’il intègre pleinement les enjeux agro-écologiques, avec une ouverture particulière aux personnes non issues du milieu agricole.
  • Développer les coopératives d’installation agricole et soutenir le développement de statuts de pratique du métier d’agriculteur.trice facilitants.
  • Créer un outil de soutien à la sortie des pesticides, un contrat de transition écologique en complément de la conversion en Bio et des MAEC.
  • Créer un établissement public foncier régional pour un pilotage transversal et proactif des enjeux fonciers.
  • Construire une alliance territoriale pour une juste répartition de la valeur ajoutée dans le secteur alimentaire dans la région.
  • Développer les actions éducatives pour une alimentation saine dans les lycées et autres établissements gérés par la collectivité.

LE PORTRAIT DE NURAH

2050. Nurah, arrivée d’Erythrée avec ses parents au milieu des années 2010, a suivi une scolarité aménagée qui lui a permis de se sentir pleinement accueillie. A 18 ans, elle décide de suivre une formation en agro-écologie option périurbain.  Elle se rend aujourd’hui sur ses parcelles de légumes dans l’agglomération angevine. Difficile d’imaginer au milieu des plants de tomates, salades et endives, l’ancienne route et les entrepôts d’activités qui se dressaient encore ici il y a une trentaine d’années ! A l’époque, le projet de coopérative monté avec trois autres agricultrices pour reprendre ces terrains abandonnés avait dû surmonter plusieurs obstacles. Aujourd’hui, cela va de soi. De nombreuses fermes essaiment autour de la ville et de petites unités sont mêmes installées sur les toits ou dans les caves.

Nurah reçoit ce matin sur sa ferme le responsable de la légumerie voisine qui va préparer ses productions avant de les livrer à la cuisine de l’école du quartier. Elle a aussi invité le représentant de la commission alimentaire territoriale locale. Elle veut leur parler du nouveau projet de sa coopérative : investir les toits des bâtiments voisins pour lancer de nouvelles productions.

 

[1] Chiffres de la Chambre d’Agriculture Régionale, panorama socio-économique de l’agriculture des Pays de la Loire, avril 2019. URL : https://pays-de-la-loire.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Pays_de_la_Loire/2019_panorama_socioeconomique_de_l_agriculture_PdL_chiffres_2017.pdf
[2] Chiffre e la CAB-CRA, 2018. URL : http://www.biopaysdelaloire.fr/pays-de-la-loire/chiffres-de-la-bio/