[Bilan de mandat 2015-2021] Interview de Christelle Cardet : « Je me suis battue pour que la formation soit accessible au plus grand nombre et tournée vers l’avenir »
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Christelle Cardet est conseillère régionale des Pays de la Loire depuis mars 2010. Après un premier mandat dans la majorité dans la commission formation professionnelle continue, avec une mission sur les métiers de demain et la prospective (voir son bilan 2010-2015), elle siège depuis décembre 2015 pour le groupe Écologiste et Citoyen dans la commission « Emploi, apprentissage, formation professionnelle, insertion ».

Christelle Cardet a d’abord un parcours de militante associative dans le secteur de l’éducation populaire. Elle a été bénévole dans une MJC, puis a intégré le bureau de l’association, d’abord en tant que trésorière, puis en tant que Présidente. Un jour elle a réalisé que la structure dépendait des décisions politiques et a souhaité passer de l’autre côté, là où les décisions sont prises. Elle voulait être au cœur du débat pour soutenir le milieu associatif.

C’est ainsi que Christelle Cardet a adhéré aux Verts en 2003. Elle avait regardé les projets des différents partis politiques et celui des Verts à l’époque correspondait le plus à ses convictions sociales. Elle ne voulait pas forcément être élue, simplement participer aux réflexions, se nourrir des échanges, être une personne ressource. Et petit à petit, elle a été sollicitée pour être sur la liste des régionales en 2010, pour représenter le saumurois. Matthieu Orphelin était tête de liste en Maine et Loire et représentait la société civile. Elle représentait les Verts.

 

Depuis 2015, vous êtes membre du groupe Écologiste et Citoyen au Conseil régional des Pays de la Loire. Quelles ont été vos missions au sein de ce groupe ?

Je suis les dossiers de la commission « Emploi, apprentissage, formation professionnelle, insertion ». Je représente le groupe à Fontevraud (musée d’art moderne) ou encore au Parc Naturel Régional Loire Anjou Touraine. Ma connaissance des dossiers et du fonctionnement des institutions depuis 2010 a été un plus. Un groupe d’élu.es a besoin de personnes expérimentées, c’est bien de faire deux sur deux mandats, le deuxième permet de transmettre.

Comment vous situez-vous dans le groupe ? Sur quels sujets êtes-vous particulièrement sollicitée ?

Au mandat précédent, l’ambiance était très tendue, les relations avec le PS étaient difficiles, tout le temps conflictuel. Nous n’avions pas de méthode pour travailler en équipe et il y avait aussi des tensions au sein de notre groupe.

C’est un gros contraste avec le groupe actuel. Notre groupe a fonctionné dans l’écoute et la bienveillance. J’y ai contribué par mon sens de l’écoute et de la pondération. Nous avons toujours su nous dire les choses, sereinement. Avec le fonctionnement collectif de notre groupe, j’ai davantage appris et participé en étant dans la minorité que quand j’étais dans la majorité. Dans le groupe actuel, nous partageons tout, nous sommes au courant et c’est très agréable. Cette approche collective et bienveillance est sans doute transposable, en posant des règles de base et avec un travail d’animation spécifique.

Quels ont été les axes forts de votre travail ces dernières années ? Ce que vous avez défendu comme position tout au long du mandat ?

J’ai d’abord porté l’idée que la formation et l’orientation sont des leviers essentiels de la transformation écologique. A chaque session, je suis revenue sans relâche sur l’importance de travailler sur les compétences dont nous avons besoin en termes de transition. Aujourd’hui, il y a urgence : compte-tenu du retard pris, les besoins en compétences pour « demain » sont devenues des besoins en compétences « d’aujourd’hui ».

Mon 2ème combat a été de garantir un parcours de formation avec une logique de qualification et de promotion tout au long de la vie. La majorité LR-UDI actuelle a une approche très court-termiste de la politique de formation. Elle a cassé la logique de parcours que nous portions dans le précédent mandat, et ne jure qu’à travers les compétences immédiates pour un poste de travail cible. Aucune démarche prospective, pas de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, pas de travail sur des offres de formations qui intègrent aussi des acquisitions plus généralistes pour faciliter la capacité de rebond des salariés si besoin.

Enfin, mon 3ème combat, a été de dénoncer la baisse des formations pour les personnes en difficultés. Les personnes éloignées de l’emploi ont souvent besoin d’acquérir des compétences clefs avant même d’accéder à un parcours de formation (lire, compter…). La majorité LR-UDI (à l’époque Christelle Morançais était en charge du dossier) a sabré le dispositif et supprimé 5 500 formations chaque année !

Quel bilan tirez-vous de l’action de la majorité actuelle ? Un élément positif ? Ce que vous avez combattu ?

En positif, je dirais que quand j’avais une question sur des dossiers, j’ai toujours eu des réponses. Je n’ai pas pu siéger dans toutes les instances, mais André Martin, le président de ma commission, m’a proposé de venir à des réunions sur la formation. A Fontevraud par exemple, j’ai eu la possibilité de rencontrer les services. Il y a eu une certaine coopération, même la majorité a refusé que nous siégions dans les comités locaux pour l’emploi.

Le travail de notre groupe est reconnu. Nos contributions sont remerciées. Par exemple, sur l’apprentissage et la formation, nous avons a été reçus par André Martin dans le cadre de la bataille pour l’emploi et pour le schéma de l’orientation.

En négatif, je constate que la majorité LR-UDI reste coincée dans le monde d’avant, à l’ancienne, très classique. Elle n’a pas progressé d’un chouia. Leur vision du monde est terriblement simpliste : croissance tous azimuts, productivité et critères de performance sans discernement. Elle mène une politique de guichet, sans conditionnalité des aides. Elle manque de vision prospective et anticipatrice, alors que le monde change. Je les ai sentis très volontaristes, avec l’envie de bien faire. Mais comme ils fonctionnent avec un logiciel obsolète, le bilan est négatif.

Un évènement, un dossier, un souvenir qui vous a particulièrement marqué durant ce mandat ?

Sans hésiter, la mobilisation sur l’apprentissage avec la majorité. Quand le Gouvernement a retiré la compétence aux Régions en 2018, c’était du jamais vu ! On recentralisait une compétence ! On a fait une tribune inter-régionale avec les collègues écologistes et les réseaux. On a assisté à des colloques, on a interpellé des parlementaires. Il y a eu des passages radio, des communiqués de presse. Personne ne s’attendait à ça. On allait dans le même sens que la majorité. On avait un combat commun. Christelle Morançais a fait le job, elle ne pouvait pas faire mieux.

Un autre moment fort, c’est bien sûr Notre-Dame-des-Landes et l’annonce de la fin du dossier. On y a passé du temps sur ce dossier, sur le terrain, en plein hiver. Sur le mandat précédent, le sujet était très conflictuel. C’est une victoire écologiste. Plusieurs collègues reconnaissent maintenant qu’on avait raison.

A titre plus personnel, que retenez-vous de ces six années dans la minorité ? Comment le mandat a-t-il marqué votre parcours militant, personnel ?

Ce mandat est une belle aventure humaine, un travail d’équipe avec les collaborateurs aussi. A Fontevraud, au syndicat du parc naturel régional Loire Anjou Touraine, je me régale. Les dossiers sont très variés, c’est riche de rencontres et j’ai appris énormément. J’ai aussi un souvenir au mandat précédent, avec la mission locale en allant en Roumanie, pour faire un jumelage avec des jeunes en insertion. J’adorais faire le bilan des formations requalifiantes avec les jeunes. Je rencontrais les stagiaires de la formation.

Qu’auriez-vous envie de transmettre aux prochains élu.e.s ?

Dès 2015, j’ai pris la décision de ne pas repartir, deux mandats c’était bien pour moi. Maintenant que je suis agricultrice, je vais faire à 100 % mon métier.

En termes de transmission, je voudrais dire aux personnes qu’il faut se former. Dans notre groupe, j’ai bien aimé cela : les temps de formation sur le budget, le média-training sur la communication. Formez-vous ! N’hésitez pas.

J’invite aussi les nouveaux élu.es à se questionner sur la réalité des personnes, leur quotidien. Qu’ils évitent d’être trop idéalistes, ou dans l’idéologie. Soyez humanistes et empathiques. Dans notre groupe, nous étions très concrets. Pendant la crise l’année dernière, j’ai vu des communiqués écologistes de presse mettant au piloris les agriculteurs qui m’ont fait bondir. Il faut être réaliste, surtout en période de crise. Il faut adapter le projet à la réalité des personnes et de leur quotidien. Donc faire du terrain, rencontrer les personnes, les réseaux. Sinon, on est vite déconnecté.

Comment voyez-vous la Région dans les six prochaines années ? Qu’espérez-vous pour la Région ?  

Je souhaite une région qui prend le virage écologiste, une région moderne, qui se projette, qui anticipe, qui agisse pour la transition, l’équité, le lien social, le bien-vivre ensemble, qui nous aide à nous projeter.

Je souhaite aussi une politique de formation 100% dans la transition écologique et inclusive. On peut mettre des modules dans toutes les formations, en lien avec les métiers et avec des compétences utiles demain. On peut aussi renforcer et développer des compétences humaines, pas seulement agir sur les techniques. Même le social et la santé : on peut aller vers la prise en compte du malade par exemple, renforcer la démocratie sanitaire et l’inclusion des personnes en situation de handicap ou exclues.

Pour consulter la page du bilan collectif du groupe, cliquez ici.