[BILAN DE MANDAT 2015-2021] Interview de Christophe Dougé : « Mon souvenir fort du mandat ? l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! »
Partager

Christophe Dougé est conseiller régional des Pays de la Loire depuis mars 2010. Dans le mandat précédent (voir son bilan 2010-2015), il était responsable de la politique de l’eau et de la Loire et des questions agricoles relatives à la bio et aux mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC).

Christophe Dougé a une formation agricole. Avant d’être élu, il a travaillé pour des ONG environnementales : WWF France, La Ligue pour la Protection des Oiseaux, dont il a été 10 ans directeur en Loire-Atlantique, la Société nationale de Protection de la Nature, l’association Loire Vivante. Il a par exemple travaillé sur la réserve naturelle du lac de Grand Lieu, ainsi que pour  la préservation de la Loire avec WWF et Loire vivante. A la création d’Europe Écologie en 2009, il a été sollicité dans le cadre de l’ouverture des listes à la société civile pour devenir conseiller régional.

Depuis 2015, vous êtes membre du groupe Ecologiste et Citoyen au Conseil régional des Pays de la Loire. Quelles ont été vos missions au sein de ce groupe ?

Dans le cadre de ce mandat, je siège dans la commission « Agriculture, agro-alimentaire, forêt, pêche et mer ». Dans le mandat précédent, je suivais entre autres les questions agricoles, relatives à la bio et aux mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). On peut donc dire qu’il y a une continuité entre ces deux mandats. Le fait que je connaisse bien ces sujets techniques a été une ressource importante pour le groupe. J’étais en capacité de bien comprendre ces dossiers complexes.

Comment vous situez-vous dans le groupe ? Sur quels sujets êtes-vous particulièrement sollicité ?

Au sein du groupe, j’apporte mon expertise d’élu local, en plus de mon expérience personnelle. J’ai été élu maire de la Boissière-sur-Evre (49) en 2008, puis Maire Délégué, adjoint à l’environnement et à la transition énergétique à la création de la commune nouvelle de Montrevault sur Evre (fusion de onze communes et de Montrevault communauté). Aujourd’hui je suis maire de Montrevault-sur-Evre et vice-président de Mauges Communauté en charge du grand cycle de l’eau depuis mai 2020.

Quels ont été les axes forts de votre travail ces dernières années ? Quelles lignes fortes avez-vous incarnées ?

Ce que j’ai défendu tout au long du mandat : avoir une cohérence dans les actions de la Région en matière d’agriculture. Par exemple, en Pays de la Loire, la majorité LR-UDI on est capable de promouvoir l’exportation de viande de bœuf en Chine tout en défendant l’agriculture locale, en prétextant « défendre toutes les agricultures ». Or, si on ne met pas l’accent sur des priorités, par exemple tendre vers le « zéro intrant » et faire un maximum de bio, on arrive à des incohérences.  Sur toute la durée du mandat, la majorité a mis 38 M€ dans l’agro-industrie. Si les écologistes avaient été en responsabilité, on aurait investi l’argent public dans la relocalisation de l’agriculture, les circuits courts, la structuration de réseaux alimentaires de proximité, etc.

Quel bilan tirez-vous de l’action de la majorité actuelle ? Un élément positif ? Ce que vous avez combattu aussi ?

En positif, je dirais d’avoir créé une commission agriculture-pêche (intégrée au précédent mandat dans la commission développement économique). Mais en réalité, pour bien faire, il faudrait mettre dans une même commission  les sujets de l’eau, l’agriculture et la biodiversité.

Mon combat : que la région se fixe des priorités en matière de politiques agricoles. La majorité actuelle  porte le tout et son contraire alors qu’il faudrait privilégier les agricultures respectueuses de l’environnement, du climat et du vivant.

Si lors du prochain scrutin en juin prochain, les écologistes deviennent majoritaires, il sera alors possible de fixer des règles plus claires pour l’attribution des aides et des subventions.

Un évènement, un dossier, un souvenir qui vous a particulièrement marqué durant ce mandat ?

C’est sans hésitation Notre-Dame-des-Landes (NDDL). J’ai combattu ce projet en tant qu’élu et citoyen. C’est un dossier symbole car à l’époque, en 2010, les enjeux climatiques n’étaient pas sur le devant de la scène. Ce projet d’aéroport, sur 1 600 hectares de bocages, zones humides et têtes de bassins versants concernant de nombreux cours d’eau, représentait la fuite en avant des politiques d’aménagement. Nous avons besoin de nous poser la question du modèle de développement en lien avec l’optimisation des équipements existants. C’était un projet de fuite en avant. Il fallait l’arrêter.

Cet évènement, je l’ai vécu dans l’hémicycle et sur le terrain. C’était difficile durant ce dernier mandat car la majorité de droite LR-UDI portait inlassablement la demande de l’évacuation du site et son projet politique était exclusivement construit autour de ce projet. Quand il a été arrêté, la majorité LR-UDI était groggy. Pendant plusieurs mois elle était dans l’incapacité de repenser son modèle de développement, qui était en réalité un château de cartes. Cela s’est répercuté sur le projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) : il a pris beaucoup de retard et porte malheureusement peu d’ambition en termes d’enjeux climatiques.

A titre plus personnel, que retenez-vous de ces six années dans la minorité ? Comment le mandat a-t-il marqué votre parcours militant, personnel ?

Ce qui m’a plu, c’est d’être dans une approche bienveillante et constructive. Dans la minorité, notre groupe d’élus n’a pas changé sa posture et a toujours agi comme s’il déterminait ses positions en situation de majorité et de devoir en porter les conséquences. Notre façon de faire a été efficace et constructive. Nous avons toujours été respectueux des autres. D’autres ont versé dans la caricature.

Être élu local a aussi été très enrichissant car chaque mandat alimente l’autre. Les échelons intercommunalité – Région – Europe sont les niveaux de prédilections pour comprendre les agencements et donnent tout son sens, notamment au rôle de la Région. Avec Franck Nicolon, en tant qu’élus locaux, nous avons une appréciation complémentaire  des dossiers régionaux de nos autres élues du groupe (Sophie Bringuy, Lucie Etonno et Christelle Cardet).

Après deux mandats régionaux, et de nouvelles responsabilités locales comme maire d’une commune de 16 000 habitants et Vice-président d’une communauté d’agglomération de 120 000 habitants, je constate que pour exercer convenablement ses fonctions, on ne peut exercer plusieurs mandats en même temps, notamment en responsabilité.

Qu’auriez-vous envie de transmettre aux prochains élu.e.s qui vous succéderont au Conseil régional ?

Mes conseils :

– avoir la connaissance des territoires, avec un ancrage local.

– se mettre à la place de ses interlocuteurs, les écouter et les comprendre, ne pas déployer des programmes déconnectés du terrain.  Il ne faut pas être clivant et savoir fédérer.

L’élu a un rôle d’animation territoriale, développer ses capacités à débattre de façons respectueuse et constructive, savoir entrainer tout le monde. Il faut savoir entrainer tout le monde dans une dynamique d’organisation territoriale.

Comment voyez-vous la région dans les six prochaines années ? Qu’espérez-vous ?

J’espère qu’elle aura pris le virage de la transition énergétique et climatique, avec un équilibre territorial entre l’est de la région et le littoral. Qu’il y aura eu aussi la transition agricole. Je souhaite plus de concertation avec les collectivités locales, avec la mise en place de contrats de transitions en arrêtant la logique actuelle de guichet. La Région doit être plus exigeante sur la contractualisation avec les territoires, avec des objectifs et de l’éco-conditionnalité des aides et des subventions.

Pour consulter la page du bilan collectif du groupe, cliquez ici.