[Bilan de mandat 2015-2021] Interview de Franck Nicolon : « Je suis d’abord un élu de territoire. Je me demande toujours : comment faire vivre la Région dans les territoires ? »
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Franck Nicolon est conseiller régional depuis décembre 2015. Il a été co-président du groupe Écologiste et Citoyen pendant toute la durée du mandat et a siégé dans la commission « Éducation et lycées, orientation et lutte contre le décrochage, civisme ». Il a également suivi les dossiers de la commission « Finances, ressources humaines, affaires générales, coopération interrégionale, affaires européennes et coopération internationale » et a travaillé sur la stratégie financière du Conseil régional.

Franck Nicolon est éducateur spécialisé depuis 1984 dans le secteur de l’aide sociale à l’enfance (ASE) et chef de service depuis 2007.

C’est en 1991, lors de la 1ère guerre du Golfe, qu’il s’engage dans un comité de désobéissance civile et pour la non-violence. Il a été activiste avec Greenpeace, les Robins des bois. En 1992, il a rejoint Les Verts, puis Europe Écologie Les Verts créé en 2011.

Au niveau local, Franck Nicolon est co-fondateur de plusieurs associations écologistes et citoyennes locales : Clisson Passion, le collectif déchets ménagers citoyen, un collectif culture. Ce sont ces engagements locaux qui le mènent à un premier mandat d’élu : il devient conseiller municipal de Clisson en 2003. Il a été maire adjoint de 2008 à 2014 en charge de l’environnement et de l’urbanisme, conseiller communautaire de Clisson Sèvre et Maine Agglo de 2008 à 2020 en charge des déchets ménagers, du schéma de cohérence territorial (Scot) et du développement durable.

Depuis 2015, vous êtes membre du groupe Écologiste et Citoyen au Conseil régional des Pays de la Loire. Quelles ont été vos missions au sein de ce groupe ?

En tant que co-président du groupe (d’abord avec Sophie Bringuy jusqu’en septembre 2019, puis avec Lucie Etonno), j’ai la co-responsabilité de l’animation du groupe, des relations avec les salariés et les autres élu.e.s régionaux, de la représentation du groupe dans l’Institution régionale et parfois au dehors. A ce titre, je siège avec Lucie Etonno à la Commission Permanente.

Je siège également dans la commission sectorielle « Education et lycées, orientation et lutte contre le décrochage, civisme ». Ce choix est lié à ma qualification professionnelle, mes connaissances et recherches sur les services publics régionaux. Les lycées sont une interface importante entre le Conseil régional, qui peut paraître assez technocratique, et les services qu’il rend. C’est là que les citoyens peuvent percevoir le sens de nos actions. Et le décrochage, au regard de ma profession, ça m’allait bien.

Je siège également en tant que suppléant dans les lycées et au Conseil académique de l’éducation nationale (CAEN), une instance politique très importante. Je suis membre du comité syndical de l’Orchestre national des Pays de la Loire (ONPL). Je suis aussi suppléant au comité syndical du parc naturel régional de Brière.

Enfin, je suis référent du groupe pour la commission « Finances, ressources humaines, affaires générales, coopération interrégionale, affaires européennes et coopération internationale » où nous n’avons pas d’élu.e qui siège. En tant que maire adjoint pendant 6 années, j’avais des connaissances et des facilités pour lire les budgets.

Comment vous situez-vous dans le groupe ? Sur quels sujets êtes-vous particulièrement sollicité ?

Je suis d’abord un élu de territoire. C’est ce qui m’anime. J’aime beaucoup être en lien avec les acteurs de terrain qui montent des projets, qui ont besoin d’appuis. Sur le vignoble nantais, mais aussi sur toute la Loire-Atlantique. Je travaille avec les syndicats, les enseignants, les parents d’élèves. C’est comme ça que je raisonne : comment faire vivre la Région dans les territoires ? Par exemple, j’aime bien accompagner des collectifs de riverains qui défendent leurs droits, et les aider à la résolution du problème en mettant tous les acteurs autour de la table, à travers la conciliation et la médiation.

Quels ont été les axes forts de votre travail ces dernières années ? Quelles lignes fortes avez-vous incarnées ?

Je dirais d’abord l’accès aux droits pour tous les lycéens et lycéennes ; par exemple pour les mineurs non accompagnés, la défense du Fonds Social Lycéen ou l’amélioration de la qualité de vie dans les lycées comme pour le lycée Marguerite Yourcenar au Mans. J’ai finalement beaucoup défendu le service public de l’éducation, attaqué par la majorité durant ce mandat.

Ensuite, j’ai souhaité avoir une lecture politique du budget et de la trajectoire financière de la région. J’ai sensibilisé le groupe à ces enjeux en demandant des formations sur les finances et le budget.

Enfin, je me suis impliqué pour faire vivre le collectif, le groupe. En se mettant d’accord sur une méthode commune de travail, on reconnait l’autre.

Quel bilan tirez-vous de l’action de la majorité actuelle ? Un élément positif ? Ce que vous avez combattu aussi ?

C’est difficile de répondre à cette question. On a pu faire avancer des choses sur les lycées en sud Loire, obtenir des informations pour les projets à plus de 3 M€, obtenir la révision des dotations de fonctionnement des lycées. On a réussi à bouger des lignes mais souvent en bilatéral.

En positif quand même, lors du 1er confinement en mars 2020, j’ai apprécié que Christelle Morançais (Présidente du conseil régional) accepte notre demande d’organiser des réunions hebdomadaires. Le maintien de la vie démocratique était fondamental pour notre groupe. Nous avons écrit plusieurs d’articles à ce sujet. Puis ça s’est refermé dès le mois de mai 2020.

C’est une majorité qui ne prend pas soin du social, du lien social. Cela me heurte profondément. Ça ne les intéresse pas. La disparition de l’EREA (Etablissement régional d’enseignement adapté) en Vendée ou la création de la bourse au mérite en sont une triste illustration.

Un évènement, un dossier, un souvenir qui vous a particulièrement marqué durant ce mandat ?

Mon meilleur souvenir, c’est quand Harouna, mon filleul (un mineur isolé), est venu recevoir son prix du meilleur apprenti régional.

J’ai également bien aimé, grâce au travail collectif au sein du groupe, la création de plein d’outils et un esprit de travail qui servira au prochain mandat. J’ai eu aussi des bons contacts avec les salarié.es.

Concernant Notre-Dame-des-Landes (NDDL), j’étais moins impliqué que les autres élu.es du groupe. Je n’étais pas autant légitime que Christophe Dougé et Sophie Bringuy. Mais ce qui m’a intéressé, c’est d’aller sur place directement. Cependant, le zadisme ne me parle pas. C’est rédhibitoire pour moi, par rapport à la non-violence qui est à l’origine de mon engagement militant et politique.

Pour les mêmes raisons, j’ai été indigné par la posture de la droite régionale, et Bruno Retailleau en particulier : il voulait la guerre en Loire-Atlantique. Les interpellations à notre encontre dans l’hémicycle ont été nombreuses et certains violentes. Je me rappelle d’un vœu commun LR – SERR (groupe socialiste) contre nous. Nous avons toujours appelé à la non-violence et au dialogue.

Suite à l’abandon du projet d’aéroport, la majorité était tellement déboussolée qu’elle a supprimé le Syndicat Mixte Aéroportuaire. C’était une erreur car c’était une instance de dialogue et de financement concerté. Nous payons aujourd’hui le prix de l’inutilité de ce projet car on est dans les dernières Régions à ne pas avoir encore adopté leur schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet). Par ailleurs, nous sommes limités dans nos propositions concernant le futur de l’aéroport Nantes Atlantique avec la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), toute puissante, qui impose son point de vue à tout le monde.

Un autre évènement heureux a été la création d’un 2ème lycée en Sud Loire.  La majorité avait décidé de faire construire un seul lycée en sud Loire, à st Philibert-de-grand-lieu, alors que les lycées sont saturés. Ils ont tous des extensions. Elle refusait peut-être car elle voulait un lycée privé ? Quoi qu’il en soit, un collectif de parents s’est constitué. Il y a eu une réunion publique à Rezé, avec 2 conseillères régionales PS présentes. On a invité le collectif à une réunion de travail à la Région, puis à la session quand le vote a eu lieu. Il est pour l’instant positionné à Vertou pour 2027. Initialement, au sein du groupe, nous défendions la construction de trois nouveaux lycées.

A titre plus personnel, que retenez-vous de ces six années dans la minorité ? Comment le mandat a-t-il marqué votre parcours militant, personnel ?

Être élu régional, c’est un engagement quotidien, d’élu de territoire, représentant d’une institution. C’est une assemblée de type parlementaire. C’est difficilement compatible avec un travail à responsabilité comme j’ai actuellement. Ce mandat demande une disponibilité importante ; 2,5 jours minimum par semaine dans la minorité. Beaucoup plus dans la majorité.

Ce mandat a aussi été une découverte de la spécificité régionale, qui s’inscrit entre l’Europe et le local, qui incarne les politiques nationales en région.

Qu’auriez-vous envie de partager avec les prochains élu.es qui succéderont au groupe actuel ?

Je veux partager le sens du travail en collectif et en intelligence partagée. Il faut qu’on ait cette capacité à faire un pas de côté, à se décaler, pour pouvoir aller vers l’autre et concrétiser certains projets.

Comment voyez-vous la région dans les six prochaines années ? Qu’espérez-vous ?

Je vois un territoire de coopération, au service de la transition et du « mieux vivre ensemble ». Par exemple la ligne ferroviaire Nantes-Rennes, ce type de projet structurant. J’aimerais aussi des projets inter-régionaux sur les énergies maritimes renouvelables en alliant les ports de Saint-Nazaire et de Brest, ou davantage de coopérations entre les universités, les villes et les territoires ruraux. Sur la coopération décentralisée, l’enjeu est le renforcement des démocraties. Les coopérations internationales ne peuvent pas être seulement économiques et sécuritaires.

Pour consulter la page du bilan collectif du groupe, cliquez ici.