[Bilan de mandat 2015-2021] Interview de Lucie Etonno : « J’ai voulu améliorer les conditions de déplacements du quotidien des ligériennes et ligériens. »
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Lucie Etonno est élue depuis décembre 2015. Elle siège dans la commission « Transports, mobilité, infrastructures » et suit les dossiers de la commission « Culture, sport, vie associative, bénévolat et solidarités », dans laquelle la groupe Écologiste et Citoyen n’a pas de siège. Depuis septembre 2019, elle est co-présidente du groupe et le représente en commission permanente.

Lucie Etonno a fait des études en économie et gestion publique des collectivités locales. Après une expérience professionnelle dans l’économie sociale et solidaire (ESS) en région parisienne, notamment pour l’inclusion financière (relations entre les banques et les particuliers), elle est retournée en Vendée pour soutenir la reprise d’activité commerçante de ses parents à Dompierre-sur-Yon (moins de 5 000 habitants). Elle s’est impliquée dans des collectifs citoyens sur les questions agricoles, paysannes et d’alimentation, pour la gestion collective du compost, et a ainsi rencontré les militants vendéens d’Europe Écologie Les Verts. C’est ainsi qu’elle a été sollicitée en mars 2015 pour être candidate aux élections départementales, avant de se lancer pour les régionales dans la foulée.

Depuis 2015, vous êtes membre du groupe Écologiste et Citoyen au Conseil régional des Pays de la Loire. Quelles ont été vos missions au sein de ce groupe ?

Au sein du groupe, je siège à la commission « Transports, mobilité, infrastructures ». J’ai donc travaillé sur le dossier de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) et je siégeais au conseil d’administration du CEDEPA (collectif d’élu.e.s doutant de la pertinence de l’aéroport). En tant que vendéenne, je souhaitais aussi m’impliquer pour la ligne Nantes-Bordeaux dans cette commission. Mais j’ai été active sur tous les dossiers ferroviaires et je me suis rendue dans tous les comités de ligne de la région. Pour m’aider à prendre en main les dossiers transports, j’ai bénéficié d’un tuilage utile de l’élu précédent, Michel Perrier. J’ai adhéré à la commission transport d’Europe Écologie Les Verts au niveau national dès ma prise de fonction. J’ai ainsi eu beaucoup d’échanges avec des experts, des gestionnaires et des responsables de réseaux de transports collectifs, pour bien comprendre les enjeux, jusqu’à devenir coresponsable de cette commission.

Comme nous n’avons pas d’élu.e à la commission Culture, Sport, Association, Solidarités, je suis aussi référente pour cette thématique. Je me suis particulièrement investie sur les questions d’égalité femme-homme.

Enfin, je siège aussi à la commission d’appel d’offres. C’est une responsabilité forte, qui nécessite une forte assiduité.

Bien entendu, j’ai été attentive aux dossiers vendéens, et j’ai fait le lien avec mon territoire et ses acteurs. J’ai pris comme engagement de campagne de suivre le département de la Mayenne, car notre groupe n’avait pas d’élu en Mayenne. Je pense l’avoir bien respecté.

Comment vous situez-vous dans le groupe ? Sur quels sujets êtes-vous particulièrement sollicitée ?

J’ai un profil généraliste et curieux, donc autant intéressée par la culture que l’économie. J’ai aussi le sens du collectif, une vision transversale des dossiers, posture que nous avons partagée au sein du groupe. J’ai aussi exploré une nouvelle façon de faire de la politique. C’était enrichissant je pense pour le groupe d’avoir quelqu’un de nouveau en politique.

Quels ont été les axes forts de votre travail ces dernières années ? Ce que vous avez défendu comme position tout au long du mandat ?

Il y avait une belle ambition ferroviaire dans le précédent mandat 2010-2015 et il fallait la renouveler. Faire le choix du ferroviaire, et des mobilités durables et nouvelles. Mais cela ne fonctionne pas si on n’emmène pas les habitants. J’ai donc fait beaucoup de liens avec les citoyens, dans les comités de lignes qui regroupent la SNCF, les syndicats, les usagers et la Région. J’ai dû assister à 80 % des comités de lignes. J’ai ainsi créé des liens privilégiés avec les syndicats et les usagers.

Il y a eu aussi NDDL avec le CEDEPA, en lien avec Franck Nicolon et Christophe Dougé qui siégeaient au syndicat mixte.

Sur la politique vélo, je me suis également investie pour que soient accompagnées les communes, afin que la pratique du vélo devienne en intermodalité avec le train dans les déplacements quotidiens, que ce ne soit pas seulement vu sous l’angle du tourisme.

Notre groupe a aussi œuvré pour le développement des mobilités durables en milieu rural (Chronobus rural ou en zone péri-urbaine). Comme nous avons travaillé ces nouvelles offres dès le début du mandat, nous avions anticipé les revendications des gilets jaunes, et demandé que la Région accompagne les collectivités à mettre en place une offre de transport en commun adaptée. Malheureusement, la majorité a été hermétique à nos demandes.

Le mandat a aussi été marqué par la mise en place des nouveaux horaires dans les transports régionaux. Nous avons fait le lien avec les usagers pour lesquels la nouvelle grille horaire était problématique, en les accompagnant pour faire valoir leurs revendications, notamment en Sarthe avec Sophie Bringuy.  Notre place d’élu.es minoritaires ne nous a pas empêchées d’être actives. Mais ce n’est pas nous qui décidions des choix finaux. A travers notre rôle d’élues minoritaires, nous avons cherché à améliorer les conditions des déplacements du quotidien. Nous avons également voulu faire apparaître les enjeux de santé autour des infrastructures, sur le bruit ferroviaire par exemple, ou l’insonorisation des logements autour de l’aéroport de Nantes Atlantique.

Sur les questions culturelles, nous avons combattu la culture d’excellence et de droite de la majorité au détriment de dynamisme sur les territoires. Nous avons dénoncé l’appauvrissement du projet culturel de la Région. Pour l’égalité femmes-hommes, il n’y avait pas vraiment de gros projets. La majorité a aussi retiré son soutien aux réseaux d’éducation populaire, à la participation de la jeunesse en supprimant le Conseil régional des jeunes. Tous ces pans ont été mis de côté par la droite régionale. L’institution s’est coupée de tout cela.

Quel bilan justement tirez-vous de l’action de la majorité actuelle ? Un élément positif ? Ce que vous avez combattu ?

Je remercie les présidente et président des commissions « culture » et « économie », dans lesquelles nous n’avons pas d’élu.e.s : ils ont toujours répondu à nos questions. La majorité LR-UDI a également entendu notre demande d’organiser des réunions sur les territoires autour des enjeux des mobilités. Nous aurions cependant voulu qu’ils aillent plus loin en termes de concertation, car le passage vers la nouvelle compétence partagée des mobilités, depuis septembre 2018, est très complexe. Une seule réunion, c’était insuffisant.

Un évènement, un dossier, un souvenir qui vous a particulièrement marqué durant ce mandat ?

L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dans le sens d’une victoire politique, citoyenne sans oublier tout le travail juridique. J’ai été marquée par le désarroi total de la majorité à la suite de l’abandon décidé par le gouvernement d’Edouard Philippe. C’est comme s’ils n’avaient pas d’idées pour la région en-dehors de ce projet. Ce côté, « on est perdu parce qu’on arrête un projet d’infrastructure » montre le manque de vision de la majorité. La session qui a suivi l’abandon, c’était assez marquant. Tout semblait s’arrêter.

Enfin j’ai été émue par mon rôle de co-présidente du groupe à partir septembre 2019. C’était une vraie marque de confiance du groupe à mon égard et m’a préparée pour un deuxième mandat.

A titre plus personnel, que retenez-vous de ces six années dans la minorité ? Comment le mandat a-t-il marqué votre parcours militant, personnel ?

Je suis rentrée en politique pour défendre l’écologie et lutter contre les injustices. Au fil des rencontres, et vue l’urgence, je pense que chaque citoyenne et citoyen peut franchir le pas et s’engager. Professionnellement, je me suis marquée en m’affichant écologiste ; c’est un risque que j’assume pleinement.

Dans le collectif, j’avais envie d’apprendre et de me former. J’ai beaucoup sillonné la région et je m’en sors renforcée. C’était important pour moi de démystifier le rôle de l’élu.e et que tout le monde se sente légitime à prendre des responsabilités un jour.

Qu’auriez-vous envie de partager avec les prochains élu.e.s ?

Un mandat, ça reste une aventure collective. C’est important. Avec le groupe d’élu.e.s mais aussi avec toutes les personnes qui bénéficient des politiques régionales : les associations, les partenaires. Il faut les rencontrer, être en contact avec eux.

J’aimerais que la Région fasse davantage pour la coopération entre les collectivités et les métropoles. C’est une collectivité du « faire avec ». Seule, elle ne peut rien. Et elle agit fortement pour corriger les injustices territoriales.

Enfin, je mesure dans le contexte de campagne actuel, l’importance d’agir dans la durée, de préparer tout au long du mandat la transmission, pour contribuer à une montée en compétence dans la durée et au-delà du mandat.

Comment voyez-vous la Région dans les six prochaines années ? Qu’espérez-vous ?

Qu’elle soit en phase avec les objectifs climatiques de l’accord de Paris et agisse fortement pour des baisses de gaz à effets de serre d’au moins de 60 %. C’est essentiel. Je veux aussi une Région de la proximité, ouverte à tout le monde, aux citoyennes et citoyens, avec des offres de mobilités alternatives, des services publics accessibles dans les territoires, avec un enseignement et des formations de qualité.

Je souhaite aussi que les ligériens et ligériennes puissent dire que c’est grâce aux transports publics, grâce à la politique mobilité de la région qu’ils ont pu renoncer à une deuxième voiture. Que les gens voient les liens entre les actions régionales et leur quotidien, que les actions soient plus visibles.

Un autre marqueur important serait que les communes puissent dire que grâce à la rénovation énergétique, elles ont baissé les coûts de fonctionnement et investir davantage dans l’humain, l’animation territoriale, les solidarités, la culture.

Il nous reste dix ans pour agir, le seul choix possible c’est d’avoir des politiques audacieuses et des actions ambitieuses sur la transition écologique, la justice sociale et l’emploi.

Pour consulter la page du bilan collectif du groupe, cliquez ici.