[Bilan de mandat 2015-2021] Interview de Sophie Bringuy : « Je suis fière de la manière dont nous avons mené ce mandat »
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Sophie Bringuy est élue au Conseil régional des Pays de la Loire depuis mars 2010. D’abord Vice-Présidente en charge de l’environnement (voir son bilan 2010-2015), elle est membre depuis décembre 2015 du groupe Écologiste et Citoyen et siège dans la minorité. Elle a été co-présidente de ce groupe jusqu’en septembre 2019, avant de passer le relais à Lucie Etonno.

Avant d’entrer au Conseil régional, Sophie Bringuy a été juriste chez France Nature Environnement. Le poste était basé au Mans avec des responsabilités au niveau national. 

Depuis 2015, vous êtes membre du groupe Écologiste et Citoyen au Conseil régional des Pays de la Loire. Quelles ont été vos missions au sein de ce groupe ?

Je siège au nom du groupe dans la commission « Territoires, ruralité, santé, environnement, transition énergétique, croissance verte et logement ». C’est une grosse commission avec de nombreux dossiers à suivre. Comme cette commission touche à tous les domaines, j’ai été amenée à coordonner le travail du groupe sur de nombreux dossiers transversaux : pacte pour la ruralité, feuille de route énergie, Ma Région 2050, le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, le Plan régional de prévention et de gestion des déchets, le Plan régional d’action pour l’économie circulaire. Je participe aussi à la conférence ligérienne de l’eau, et je siège depuis peu au conseil d’administration de SEM croissance verte, lancée fin 2020.

Je suis aussi élue de la Sarthe. J’ai fait de mon mieux pour contribuer à une meilleure prise en compte de mon département par le Conseil régional, je me suis impliquée dès la mise en redressement d’Arjo Wiggins et je continue de suivre l’évolution de ce dossier. J’ai été attentive aux questions ferroviaires et participé aux comités de lignes. J’ai participé – quand j’étais invitée – aux évènements de la Région en Sarthe : signature de contrats de bassins versants, des contrats de territoires, rentrée des lycées, rencontre des maires…. Je suis aussi membre du conseil syndical du parc naturel régional Normandie-Maine.

De décembre 2015 à septembre 2019, j’ai coprésidé le groupe avec Franck Nicolon. Il s’agissait de représenter le groupe à différents niveaux (conférence des présidents, intervention générale, conférence territoriale de l’action publique…) et aussi d’animer l’équipe, notamment l’équipe salariée.

Pendant ce mandat, je me suis aussi impliquée, avec Charles Fournier, Vice-Président de la Région Centre-Val de Loire, pour animer la « coordination » des élu.es régionaux écologistes. Environ toutes les six semaines, nous faisions un point inter-régional sur l’actualité dans nos régions et des dossiers stratégiques. C’est un important travail de partage d’information, d’expérience et de mutualisation. Par exemple, nous nous sommes fortement impliqués lors de la réforme de la formation continue et de l’apprentissage. La coordination est aussi utile pour travailler sur les besoins en formation des élu.es et mettre en place des parcours adaptés.

Comment vous situez-vous dans le groupe ? Sur quels sujets êtes-vous particulièrement sollicitée ?

J’ai un profil généraliste, très touche à tout. Je pense avoir été utile au groupe particulièrement à deux niveaux. D’une part, le travail sur les dossiers transversaux. Je suis à l’aise avec la complexité et ma formation de juriste m’a permis de cultiver l’esprit de synthèse. D’autre part, je me suis formée tout au long du mandat à la médiation et à l’intelligence collective. Le groupe était ouvert à expérimenter cela avec moi. Nous avons donc cheminé ensemble, nos méthodes de travail ont évolué tout au long du mandat, jusqu’à devenir assez exemplaires.

Quels ont été les axes forts de votre travail ces dernières années ? Ce que vous avez défendu comme position tout au long du mandat ?

Avec le groupe, nous avons dès le début partagé une volonté forte d’avoir une éthique dans la pratique de notre mandat. Hors de question pour nous de tomber dans les petites polémiques, l’instrumentalisation politicienne, l’opposition systématique et stérile. Notre objectif partagé a été tout au long du mandat d’être un groupe utile, crédible, en capacité de faire avancer des dossiers, même dans la minorité. L’important pour nous a été que l’écologie et les solidarités progressent. Nous ne voulions pas être des commentateurs aigris pendant six ans. Pour cela, nous devions avoir des rapports de qualité avec la majorité. Notre groupe est reconnu pour sa justesse et son fairplay je pense : nous avons su dire quand c’était bien et quand ça n’allait pas.

Aujourd’hui, je suis fière de la manière dont nous avons mené ce mandat. Nous avons privilégié le fond, en accord avec nos valeurs humanistes. Ce n’était pas toujours facile de suivre la raison plutôt que la passion, de garder la tête froide et ne pas nous laisser embarquer. Le travail collectif du groupe sur notre vision du mandat et notre stratégie collective nous a donné un cap clair, des balises qui nous ont aidés à naviguer dans ce mandat.

Concernant les dossiers, mon objectif était que les questions d’écologie soient présentes partout et qu’elles soient abordées de manière transversale, en matière de transition numérique, d’emplois et métiers verts, de mobilités, d’alimentation… Nous nous sommes toujours posé la question des dossiers qui pouvaient progresser grâce à une lecture écologiste, sans attendre six ans. Nous avons fait de nombreuses propositions tout au long du mandat. Certaines ont été retenues, trop ont été ignorées ou prises en compte en toute fin de mandat.

Parmi les dossiers sur lesquels nous avons obtenu des résultats concrets, il y a celui du handicap. J’ai soulevé dès 2018 dans ma commission que l’Agenda 22 avait été mis de côté. Enfin, j’ai demandé où en était l’agenda 22 et j’ai constaté que les élu.es de la majorité ne savaient même pas de quoi je parlais. Notre groupe s’est donc saisi du sujet. Nous avons travaillé avec les associations du secteur du handicap et construit une série de propositions pour une meilleure prise en compte des enjeux d’accessibilité. Ce travail a porté ses fruits en fin de mandat avec la signature de la charte d’accessibilité pour les transports publics ou encore le lancement d’un appel à projets pour des innovations économiques au service de l’inclusion.

Quel bilan tirez-vous de l’action de la majorité actuelle ? Un élément positif ? Ce que vous avez combattu également ?

La majorité actuelle n’anticipe pas, elle est à la remorque sur de nombreux sujets. Tant qu’il n’y a pas le feu à la maison, elle n’entend pas. Trop de nos propositions, qui auraient dû faire consensus, ont été reprises en fin de mandat. Par exemple il a fallu attendre la crise des gilets jaunes pour que la majorité dise enfin que nos propositions pour développer les mobilités durables en milieu rural étaient intéressantes et seraient mise à l’étude. C’est seulement en 2020 qu’il y a eu du concret sur le sujet. Pareil sur santé et urbanisme ou encore concernant les tiers lieux : c’est en juillet 2020, après le premier confinement, que la majorité s’est enfin réveillée sur le sujet.

C’est agaçant tout ce temps de perdu et cette approche opportuniste. Regardez la campagne actuelle : Christelle Morançais prend comme axe de campagne le trio de tête des préoccupations des français dans les sondages : sécurité, emploi, environnement. Et ce, alors même que la sécurité est complètement hors des compétences du Conseil régional. C’est non seulement malhonnête, mais en plus c’est dangereux : à répéter à tout va que la Région est à feu et à sang, elle fait campagne pour l’extrême-droite pour tenter de récupérer quelques voix. Ces pratiques me mettent en colère.

Il y a quand même du positif. J’aime par exemple beaucoup le travail fait sur l’économie circulaire. J’avais essayé de sensibiliser mes collègues PS sur ces questions lors du mandat précédent, alors que le sujet était moins connu. C’était inaudible pour eux. Par exemple pour la démarche « Pays de la Loire 2040 », j’avais demandé à ce que l’économie circulaire soit intégrée dans la partie  développement économique. Résultat : un paragraphe de dix lignes dans le passage sur les ressources naturelles… J’étais donc frustrée de ne pas avoir été entendue. Quand Jean-Michel Buf a pris ce dossier en main à partir de 2016 et que j’ai vu sa volonté à animer un travail collectif pour un plan d’action régional pour l’économie circulaire, j’ai dit « bien ». Certes, il y a une obligation à adopter un « PRAEC » depuis la réforme territoriale. Mais il fallait le faire a minima. Il a vraiment fait bouger les lignes. Je regrette cependant que ce travail reste cantonné à notre commission. En 2020, seulement 2,7 M€ ont été dédiés à l’économie circulaire sur un budget développement économique global de 176 M€. J’ai demandé durant tout le mandat que la commission développement économique se saisisse aussi pleinement du sujet.

Par contre, pendant ce mandat, je suis en colère face à l’inaction en matière d’efficacité énergétique. Le budget d’aide à la rénovation énergétique des ménages modestes a été divisé par 4. Rien n’a été lancé sous prétexte que le Gouvernement ne faisait rien. Tout se passe dans la précipitation en fin de mandat. D’autres Régions ont pourtant su lancer des initiatives…

Un évènement, un dossier, un souvenir, qui vous a particulièrement marqué durant ce mandat ?

Notre-Dame-des-Landes forcément ! Le jour où l’abandon a été acté, c’était quelque chose de très fort. J’ai aussi été marquée par l’incapacité de la majorité LR-UDI à imaginer une région sans ce projet de nouvel aéroport. Elle a même demandé un délai supplémentaire de deux ans pour revoir son projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires tellement elle était déboussolée.

Un des dossiers qui m’aura le plus indignée est celui d’Arjowiggins. Les syndicats alertaient la puissance publique depuis des années sur le fait que l’actionnaire étranger était en train de siphonner la trésorerie de l’entreprise et de la mener dans le mur. De l’argent public a été injecté, mais l’État n’a pas joué son rôle. C’est un gâchis énorme. On ne produit plus de papier recyclé en France ! C’est toute une filière qui est fragilisée, en plus d’un territoire sinistré et des emplois supprimés.

A titre plus personnel, que retenez-vous de ces six années dans la minorité ? Comment le mandat a marqué votre parcours militant, personnel ?

J’ai beaucoup appris durant ce mandat dans la minorité. Bien entendu, j’aurais préféré être aux manettes, car l’urgence est là… Mais j’en ai fait un mandat utile. J’ai profité de ces six années pour me former et mettre en pratique. J’ai beaucoup réfléchi sur le fonctionnement de la vie politique et comment il pouvait évoluer. Comment faire ensemble intelligemment et dans le respect mutuel.

J’ai expérimenté un mandat dans la majorité puis un dans l’opposition. Dans les deux cas, il y a des écueils : dans la majorité, la tendance est d’être sur la défensive, avec une posture condescendante, d’abuser de sa position de force ; dans la minorité, la tendance peut être dans le tout critique, l’opposition systématique et caricaturale, l’aigreur de ne pas avoir d’espace pour contribuer. Expérimenter les deux donnent envie de faire autrement. Le contre-pouvoir peut être géré différemment que dans une forme de quarantaine organisée par la majorité. Il manque d’intelligence collective dans les institutions. Le système est vicié à la base, le mode d’élection produit de la concurrence et non de la coopération. Or, dans les années qui viennent, nous avons besoin de davantage de coopération. J’ai encore besoin de prendre du recul par rapport à tout cela, mais je suis convaincue que notre système démocratique a besoin d’évoluer pour ouvrir davantage d’espaces de coopération et d’intelligence collective.

Qu’auriez-vous envie de transmettre aux prochains élu.es ?

Je peux bien entendu partager mon analyse des nombreux dossiers que j’ai suivis. Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est le « comment ». J’ai envie de contribuer à faire évoluer les pratiques politiques, avec d’autres manières de fonctionner ensemble. Changer de pratiques nécessite des efforts personnels, de travailler, de se former. Je suis persuadée que davantage de coopération et d’intelligence collective changeraient la prise en compte des enjeux écologistes dans les politiques publiques et de manière plus générale dans la société. C’est pourquoi je me suis formée à tout cela. Je peux aujourd’hui accompagner des groupes d’élu.es pour les soutenir et leur donner des clefs. Les amener à réfléchir sur leur manière de faire. Le chemin est aussi important que les objectifs. Nous avons vraiment besoin de leadership de coopération et de sortir des postures de petit chef.

Comment voyez-vous la Région dans les six prochaines années ?

J’espère qu’elle sera écologiste ! La Région peut-être une formidable locomotive des transitions écologiques et solidaires, en matière économique, sur les enjeux de formations, d’éducation, de mobilités… C’est le bon échelon pour piloter la transition. Je souhaite qu’elle soit présidée par une personnalité avec des convictions écologistes fortes et joue pleinement son rôle d’animation territoriale.

Pour consulter la page du bilan collectif du groupe, cliquez ici.