[BS 2016] Pacte pour la ruralité : un pacte très années 80… par Sophie Bringuy
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« Votre Pacte régional pour la ruralité, PRPR si on veut faire un sigle, Pacte RPR.0. Un pacte très années 80, avec une approche en tuyaux d’orgue de la politique territorial. Vous parlez de sur-mesure ? Pourquoi pas. Vous avez certains des bouts de tissus nécessaires pour tailler un beau costume à la ruralité, mais le problème, c’est que vous avez oublié de les coudre ensemble. »

Nous sommes réunis au Louroux-Béconnais, centre de gravité de la Région, pour débattre du Pacte pour la ruralité que vous proposez à l’adoption de notre assemblée.

Au préalable, et pour éviter tout incident diplomatique, j’espère que votre premier Vice-président s’est entrainé et arrive enfin à prononcer – même en lisant ses notes – le nom de la charmante commune qui nous accueille. Je souhaite aussi remercier le Maire du Louroux-Béconnais, son équipe municipale, et l’ensemble des personnes qui ont participé à la préparation de cette matinée.

Un lieu symbolique donc. Je vous l’avais dit lors de notre dernière commission permanente : être attaché aux symboles, c’est bien, mais quand ils sont au service du fond, et non seulement instrumentalisés pour une coquille vide, pour faire croire que… C’est mieux.

Votre Pacte régional pour la ruralité, PRPR si on veut faire un sigle, Pacte RPR.0. Un pacte très années 80, avec une approche en tuyaux d’orgue de la politique territorial. Vous parlez de sur-mesure ? Pourquoi pas. Vous avez certains des bouts de tissus nécessaires pour tailler un beau costume à la ruralité, mais le problème, c’est que vous avez oublié de les coudre ensemble.

Un Pacte RPR.0

parce que, malgré la tartine que vous avez mise sur le numérique – qui est d’ailleurs strictement dans la continuité de ce qui a été adopté au précédent mandat –, on cherche le 2.0. Vous êtes resté coincé, Monsieur le président, au XXème siècle. Pourtant, vous n’êtes pas si vieux ! Et oui, là où le sens de l’histoire va, en matière de politiques publiques, vers une approche intégrée des territoires, qui accompagne un projet de territoire, avec une réponse, certes cousue main, mais systémique, vous avez choisi de détricoter ce qui a été progressivement construit depuis 2004 et de revenir au simplisme : un problème, une réponse. Avec cette approche, vous êtes dans la pause de pansements, pas dans le développement territorial.

Pire, vous risquez d’aggraver les disparités territoriales.

La juxtaposition de guichets mesure par mesure, commune par commune, diminue la visibilité et de lisibilité. Et votre référent unique – dont on ne comprend pas vraiment quelle plus-value il va apporter par rapport aux espaces régionaux, si ce n’est de renforcer la dimension clientéliste de votre Pacte – votre référent unique n’y changera rien. Qui plus est, le format proposé ne prévoit aucune régulation entre les territoires. Or, nous le savons, certains ont pris le pli du montage de dossiers, là où d’autres sont moins dynamiques. L’approche par contractualisation territoriale permet d’assurer une enveloppe juste à chaque territoire de projets. Vous avez décidé de faire exploser cette politique territoriale. Comment allez-vous permettre à la Région de jouer pleinement son rôle en termes d’équité territoriale ? On ne le sait pas. Certainement pas, avec des opérations de saupoudrage et en convertissant le budget régional en réserve parlementaire

Un Pacte RPR.0, par des élus, pour des élus, via les élus.

Je ne souhaite pas ici minimiser l’engagement des élu-e-s locaux. J’ai sillonné la Région pendant six ans à leur rencontre. Et à chaque étape, j’ai été impressionnée par leur engagement. Mais soyons sérieux, Monsieur le président ! Les territoires ruraux ne sont pas peuplés que d’élus ! Alors, nous avons cherché… Nous avons beaucoup cherché. Il y a certes une mesure sur l’artisanat et le commerce, le projet de travailler à la mise en œuvre du livre blanc de la Chambre régional des métiers et de l’artisanat – d’ailleurs, depuis le temps qu’il est sorti ce livre, vous auriez pu aller plus loin. Nous avons encore cherché, et trouvé vos pauvres « Trophées des territoires ». Et puis, c’est à peu près tout. 37 mesures, et rien pour accompagner le foisonnement de projets dans les territoires ruraux ? C’est mignon de vouloir attribuer 2 000 euros à cinq lauréats de vos Trophées. Mais la priorité, c’est quand même d’aider à l’émergence de ces projets.

Une logique de l’entre-soi poussée au bout

quand la Région, représentée par son vice-président aux territoires, Maurice Perrion, va se concerter avec la Fédération régionale des associations de maires et élus ligériens (FRAMEL), présidée par le même Maurice Perrion. J’espère que ces échanges seront constructifs, ne serait-ce que pour être rassurée sur la santé mentale du vice-président/président Perrion. Mélange des genres et des casquettes donc. Mais vous allez me dire que grâce au cumul de mandats et de fonctions, on gagne du temps et on est plus efficace. Il suffira que Monsieur Perrion confie le portage du dossier à un tiers et ne vote pas les subventions en séance, et tout ira comme dans le meilleur des mondes en matière de conflits d’intérêts.

Parmi les forces vives des territoires, il y a bien entendu, celles et ceux qui en occupent plus de 90% en ruralité. Vous avez inséré les Projet alimentaires de territoires pour faire le lien avec la politique alimentaire et agricole. Pourquoi pas. Mais plus que jamais, nous devons travailler à un Pacte alimentaire régional entre consommateurs/trices et agriculteurs/trices. Ce n’est pas en passant sous silence les faits comme les externalités négatives de l’agriculture conventionnelle (pollution de l’eau, des sols, de l’air ; uniformisation et appauvrissement de la biodiversité ; maladies humaines, etc.) et en faisant l’autruche, que nous allons trouvons trouver des solutions. Vos assises pour l’alimentation et l’agro-alimentaire devraient être le lieu pour faire émerger ce pacte régional, qui est une urgence pour l’avenir de nos territoires, et le nôtre aussi.

En matière de transports, nous ne comprenons pas trop votre projet.

Vous non plus apparemment d’ailleurs, comme vous avez été bien incapable d’annoncer un budget. Et ce, malgré votre attachement médiatique à la transparence en matière de programmation pluri-annuelle d’investissements. Nous serons dans tous les cas vigilants à ce que les nouvelles compétences de la Région sur les transports scolaires et interurbains apportent une réelle plus-value. Votre ambition ne pourra se limiter à proposer du Transport à la demande un peu partout.

Une lumière à l’horizon : le volet santé du Pacte.

L’articulation des différentes mesures est intéressante. Nous avons juste une alerte sur les subventions au secteur privé dans ce domaine, dont le cadre mérite d’être précisé.

Une lumière à l’horizon avant un long tunnel. Nous avons noté que le volet « énergie » était renvoyé à l’automne. Vous avez reçu quelques propositions de notre part, nous en rediscuterons… ou pas.

Par contre, le silence intersidéral sur les enjeux de nature et de biodiversité 

  • cela fait plusieurs sessions que nous le soulignons –, ce silence est navrant. Nous ne l’aurions pas relevé si vous n’aviez pas recyclé vos mesures sur l’apprentissage pour montrer que le volet éducation était bien inclus, ou bien si vous n’aviez rappelé d’autres engagements déjà pris comme sur le numérique, ou encore fait des annonces sans contenu sur les transports. Les politiques environnementales n’ont pas bénéficié de la même attention. C’est triste. Car les enjeux sont de taille. La boîte à outil existe. Elle est de qualité, et ça ne vous coûtait pas grand-chose de l’inclure dans le Pacte. Nous allons donc vous filer un coup de pousse et vous proposer de rectifier le tir.

Il y a les enjeux passés sous silence, et il y a ceux sur lesquels il aurait mieux valu rester silencieux. Je pense évidemment à la culture et au sport. Je préfère en rire, car là, c’est caricatural.

Sur la culture d’abord. Compte-tenu de votre parcours – vous avez quand même été vice-président à la Culture de cette Région, certes, c’était une autre époque, mais quand même – nous espérions une réelle ambition pour le développement de la culture en milieu rural. Elle se milite dans le Pacte à la diffusion annuelle de d’un spectacle de rayonnement régional dans dix communes rurales. Allô quoi ? Vous faites ainsi le choix d’ignorer la vitalité de la dynamique culturelle des territoires ruraux. Vous refusez d’en faire un enjeu majeur pour nourrir le développement territorial, l’attractivité de ces territoires, contribuer au ferment du bien vivre ensemble. Nous vous proposons d’adopter la même ambition pour la culture que vous le faites pour la santé et que la Région soit un vrai moteur du renforcement de la culture sur nos territoires.Enfin, vous contenter d’une phrase à la fin de la mesure « culture » sur le sport, c’est une vaste blague.

Il y a ici un fossé entre votre discours sur le soutien aux acteurs du sport et le Pacte.

Nous sommes aujourd’hui la première Région de France en matière de pratique sportive. La Région y a fortement contribué jusqu’à présent. Vous faites le choix de la perte de vitesse ? Et ce malgré vos tweets assidus lors des 24 heures du Mans et votre coming out comme fan de Brad Pitt.

Vous l’aurez compris, Monsieur le président, en l’état, nous ne pouvons que voter contre votre Pacte RPR.0. Nous vous avons transmis un certain nombre d’amendements. A vrai dire, nous aurions pu en faire deux fois plus. En fonction du travail à suivre sur ces amendements, nous pourrions changer notre vote.