ECONOMIE – Quelle activité en 2050 ?
Partager

→ Une économie résiliente et à visage humain, au service des besoins réels et qui permet à chacun d’avoir une activité reconnue socialement

 

AU SOMMAIRE:

NOTRE CONSTAT
LES ENJEUX
NOTRE VISION POUR 2050
DES PISTES D’ACTION POUR LA RÉGION
LE PORTRAIT DE LUCAS

NOTRE CONSTAT

Notre région est aujourd’hui un territoire économique globalement dynamique, lieu d’innovation et de création d’entreprises, avec un taux de chômage parmi les plus faibles des régions françaises (7,2% au 1er trimestre 2019). Cependant, l’économie de notre région se trouve devant d’importants défis à relever.

Les données concernant l’emploi recouvrent par exemple des réalités très différentes : si la Loire-Atlantique et la Vendée ont l’un des taux de chômage et d’inégalités de revenus les plus bas de France, le nord-est de notre région reste marqué par des taux de chômage à plus de 8 %[1] et la Sarthe comptait 13 % d’habitants en situation de pauvreté en 2016[2].

Des bassins de vie dynamiques cohabitent avec des zones périphériques fragiles et exposées aux chocs industriels comme la fermeture d’une usine en milieu rural. Ainsi, l’économie régionale est confrontée tant à une mondialisation effrénée qu’à une évolution permanente des modes de vivre et de consommation. Ces évolutions ont des externalités négatives, comme le modèle des zones logistiques gigantesques qui artificialisent nos sols et nos vies, et suppriment plus d’emplois qu’elles n’en créent.

Ces mutations sont intenables compte tenu du contexte d’urgence environnementale et cela impose d’engager pleinement nos activités économiques dans la transition écologique et énergétique, pour faire face au réchauffement climatique, mais aussi pour mieux préserver la biodiversité et les ressources naturelles. Le coût d’une économie basée uniquement sur la recherche de croissance à tout prix s’avère en effet insupportable à terme pour notre planète et plus localement pour notre territoire. Ces mutations en cours et qui vont s’amplifier entraînent un besoin en compétences nouvelles pour accompagner et permettre les changements nécessaires.

Le monde du travail connaît également de profondes mutations avec notamment la remise en cause du statut salarié et des carrières linéaires. L’égalité femme-homme devant l’emploi précaire est toujours un défi à relever : En 2018, une étude INSEE a été consacrée à cet enjeu du temps partiel : il en ressort qu’un  tiers des temps partiels est « subi » et 32%  souhaitent travailler plus[3].

En parallèle, le développement de l’intelligence artificielle, la robotisation et l’automatisation des tâches, amènent une profonde réflexion sur la quantité et la qualité des emplois de demain, notamment dans l’industrie et le secteur de l’agro-alimentaire.

Enfin, avec le vieillissement de la population et les évolutions de l’organisation sociétale, les besoins de personnes travaillant dans le secteur médico-social augmentent alors que les métiers du « prendre soin » restent souvent difficiles et peu valorisés.

LES ENJEUX

  • Développer une économie à visage humain, qui assure les productions et échanges nécessaires pour que chaque habitant.e de la région dispose de ce dont il/elle a effectivement besoin.
  • Réussir la transition écologique de notre économie: régionalisation, économie circulaire, écologie industrielle et territoriale, économie sociale et solidaire.
  • Déconnecter au maximum le développement économique des externalités négatives : la consommation foncière, des émissions de gaz à effet de serre et des atteintes à la biodiversité.
  • Développer la culture de la juste technologie (« right tech ») pour éviter la surconsommation inutile de nos ressources naturelles et énergétiques.
  • Travailler dès aujourd’hui sur les métiers et les compétences nécessaires pour demain.
  • Accompagner les nouveaux statuts d’activité des individus et les nouvelles formes d’entreprises, notamment à intérêt collectif.
  • Faire de notre région un territoire « zéro chômeur de longue durée ».
  • Garantir les conditions pour que chacun.e trouve sa place dans la société à travers une activité ou un emploi reconnu socialement, notamment dans le secteur médico-social et de l’aide à la personne.
  • Permettre une répartition équitable des activités économiques dans la région à l’appui d’une logique de coopération entre les territoires, les acteurs publics et privés.
  • Anticiper plutôt que subir les chocs économiques et industriels en particulier conduisant à la fermeture d’usines en travaillant la prospective et l’identification des entreprises en difficultés.
  • Accompagner la transition écologique du Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire.

 

NOTRE VISION POUR 2050

En 2050, le visage de l’économie de la région a changé. L’innovation, les productions et les échanges se font au service des besoins humains, plutôt que guidés par la logique de la croissance et du profit. Intégrant complètement une logique circulaire, l’économie ligérienne s’est relocalisée, régionalisée et a réussi ses transitions, énergétiques et écologiques, pour être résiliente face au réchauffement climatique et aux enjeux numériques et géopolitiques. Profondément biosourcée, elle préserve également plus efficacement les ressources naturelles et leur juste consommation. L’économie productiviste qui dominait encore au début du XXIème siècle est donc bien loin.

Des assemblées territoriales de l’activité et de la formation réfléchissent au plus près de chaque bassin de vie et à l’échelon intercommunal et régional aux besoins locaux. Elles orientent et contribuent au financement de l’innovation, des activités et des initiatives entrepreneuriales. Elles identifient les nouvelles compétences nécessaires et travaillent avec les organismes de formation sur les nouvelles filières. La puissance publique intervient en complément, notamment pour apporter son soutien aux entreprises d’intérêt collectif dont les formes se sont développées.

Le salariat n’étant plus la norme, de nouveaux dispositifs ont été mis en place par les pouvoirs publics pour soutenir chacun.e dans son parcours de vie et pour faire des Pays de la Loire un territoire « zéro chômeur de longue durée ». Le marché du travail s’est détendu puisque chaque ligérien.e dispose d’un revenu de base, fondé sur des droits et devoirs réciproques, conférant au système liberté et agilité, et permettant des parcours atypiques. Les emplois dans l’industrie et le tertiaire s’étant raréfiés avec le développement de l’intelligence artificielle, les métiers de service à la personne, dans la culture, l’artisanat ou l’agriculture sont revalorisés et justement rémunérés.

 

DES PISTES D’ACTION POUR LA RÉGION

  • Inventer une nouvelle compétence sur la prospective économique appliquée, en lien avec la transition vers l’économie de demain et l’identification de territoires fragiles et d’entreprises potentiellement en difficulté, avec un axe fort d’animation territoriale et de recherche et développement.
  • Créer et développer une ingénierie économie circulaire, écologie industrielle et territoriale et économie de la fonctionnalité pour soutenir la transition des entreprises de la région en anticipant les évolutions inévitables.
  • Développer de nouvelles formes d’intervention de la puissance publique via notamment les Sociétés Coopératives d’Intérêts Collectifs (SCIC) dans les domaines à enjeu stratégique.
  • Privilégier le réinvestissement des friches industrielles et avoir une politique foncière régionale du développement économique animée par un établissement public régional et inscrite dans le SRADDET.
  • Inscrire une clause « Amazon » dans le SRADDET : la consommation foncière doit être exclusivement autorisée quand l’activité respecte le pacte social (paiement des impôts), créée des emplois nets et qu’aucune autre option n’existe.
  • Lancer une réflexion régionale sur les justes technologies puis un appel à projets dédié au retour à la mesure.
  • Développer la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC) avec un observatoire des métiers de demain et la mise en place d’un groupe « prospective métiers » pour anticiper les mutations.
  • Encourager les coopérations inter-territoriales pour éviter les déséquilibres territoriaux (convention de coopération et réciprocité pour un équilibre du développement des activités économiques et des lieux de résidence).
  • Lancer une recherche-action pour créer un statut désirable pour les personnes actives dans le secteur médico-social et construire un modèle socio-économique à même de répondre aux besoins actuels et futurs.

LE PORTRAIT DE LUCAS

2050. Après une formation aux métiers de l’écologie industrielle dans le pôle de formation sa ville natale, Le Mans, Lucas a trouvé son premier emploi dans la papeterie d’une petite commune sarthoise, Bessé-sur-Braye. Cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) détenue par les salariés, les clients et la collectivité locale fabrique des emballages alimentaires recyclables à partir de matière recyclée. Dire que le site avait été liquidé en 2019 ! Une équipe de salariés volontaires a tenu la barre et s’est battu : dès 2020, l’activité reprenait et devait pilote pour l’économie circulaire.

A la veille de ses 40 ans, Lucas a profité de la sécurité que lui confère le revenu universel, généralisé après une expérience convaincante menée par les élu.e.s locaux et régionaux, pour se former à la multi-réparation, sa passion depuis toujours. Désormais présent à l’usine deux jours dans la semaine, il peut consacrer du temps à l’atelier coopératif et solidaire qu’il a créé à Bessé et permettre à des objets du quotidien de prolonger leur durée de vie. Sa fille Anaë l’y retrouve de temps en temps dans le cadre des activités périscolaires. Il a pu créer cet atelier grâce à l’assemblée territoriale de la citoyenneté active.

Ce coup de pouce lui a donné envie de s’impliquer encore davantage dans la vie de son territoire. Il espère être tiré au sort et ainsi participer aux travaux de cette assemblée.

[1] ORES Pays de la Loire – Activité et emploi juillet 2019.
[2] ORES Pays de la Loire – Revenus des ménages octobre 2016.
[3] Voir : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3741792#consulter.