[SESSION] Aéronautique : « Nos alertes et propositions restent sans réponse »
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La session du Conseil régional du 16 octobre 2020 a été l’occasion de poursuivre les débats concernant le secteur aéronautique, à l’initiative d’une question orale du groupe Écologiste et citoyen et aussi d’un vœu porté par le groupe « PS », sur lequel les écologistes se sont abstenus. La teneur des échanges a montré à nouveau des différences notables de vision quant à l’avenir du secteur aéronautique, mais aussi concernant le rôle des élu.e.s de la Région et de la collectivité elle-même.

En Pays de la Loire, près de 1000 emplois sont menacés chez Airbus, même si un accord entre la direction du groupe et les syndicats visant à réduire le nombre de licenciements contraints a été annoncé le mardi 13 octobre 2020. Les sous-traitants, qui se sont développés en réponse aux commandes des donneurs d’ordre dont ils sont dépendants, sont également impactés. La fermeture du site Mecachrome de Vibraye en Sarthe annoncée fin septembre et qui emploie 73 personnes en est une récente illustration. Le groupe Mecachrome avait notamment reçu ces quinze dernières années un soutien public régional important, dont une dernière subvention de 350 000€ en 2016 pour la consolidation du site de Vibraye.

Pour Lucie Etonno, co-présidente du groupe, membre de la commission Transports « s’il y a un point qui fait consensus entre les groupes du Conseil régional, c’est que les pouvoirs publics, dont la Région, doivent soutenir les salariés et entrepreneurs du secteur aéronautique, fortement impactés par les conséquences économiques et sociales de la pandémie de Covid-19. Au-delà de ce point, nous constatons de nombreuses divergences ».

Pour les écologistes, il y a urgence à s’atteler dès à présent à la transition et à la transformation de la filière aéronautique. Ils analysent la crise actuelle du secteur aéronautique comme une crise structurelle. Même si la pandémie devait s’arrêter bientôt, ils ne croient pas en une reprise comme avant du trafic aérien, avec une trajectoire exponentielle. « Nous n’y croyons pas et nous ne la souhaitons pas » explique Sophie Bringuy, conseillère régionale membre de la commission qui traite des enjeux écologiques. « Le retour à une croissance exponentielle du trafic aérien n’est en effet pas compatible avec la préservation du climat et des ressources naturelles ».

Sur ce point, les autres groupes du Conseil régional imaginent une reprise du secteur aérien, comme le montre notamment le vœu porté par le groupe « PS ». Dans cette perspective, l’avion « vert » apparaît comme une bouée de sauvetage pour continuer comme avant. Prendre l’avion est alors dans cette vision associé à un droit fondamental à exercer avec modération et la proposition face à la crise est de tenir bon jusqu’à ce que le trafic reprenne puis que la technique vienne pallier la pollution générée par l’aérien.

« Une mutation profonde du secteur aéronautique est cependant incontournable », défend Lucie Etonno. « Nous alertons et formulons des propositions à ce sujet depuis des années. Notre groupe a ainsi porté en juin 2019 des amendements pour réorienter les aides régionales à des démarches collectives de filières industrielles, en les conditionnant à l’intégration pleine et entière des enjeux de résilience et d’adaptation au changement climatique. En effet, préserver les emplois et lutter contre le réchauffement climatique sont deux combats à mener simultanément. Cela passe par un travail à l’échelle régionale pour partager l’état des lieux avec les acteurs de la filière, qualifier les défis à relever et mobiliser le collectif pour imaginer des solutions possibles : jouer sur la valeur plutôt que sur les volumes produits, diversifier le tissu industriel vers des secteurs plus durables (alimentation, énergie, mobilités santé, etc.), anticiper les mutations et former les salariés ».

Le groupe Écologiste et citoyen est à nouveau intervenu en ce sens lors de la session du 16 octobre, en réponse à l’annonce de la majorité LR-UDI de créer d’une « task force », c’est-à-dire un comité régional stratégique de la filière aéronautique pour une mobilisation spécifique du Conseil régional. Il a ainsi posé une question orale :

  • Quel diagnostic a été réalisé et quelles actions concrètes sont mises en place depuis la constitution de la « task force » ?
  • Comment sont pris en compte les défis liés à la transition écologique du secteur et la compatibilité de son développement avec le respect de nos engagements climatiques ?

La réponse du vice-président en charge du Développement économique a déçu et même inquiété le groupe :

  • Les chefs d’entreprises n’attendent pas les élus et les vœux de la minorité pour réfléchir et agir.
  • La Région soutient les dossiers qui permettent aux entreprises de progresser. Et de citer un certain nombre de dossiers sans expliquer en quoi ils accompagnent la mutation et la diversification du secteur.
  • Etonnement qu’en tant qu’élu on se pose des questions.

« Malheureusement, nous constatons que la majorité préfère discuter notre légitimité à poser des questions et nous impliquer dans un dossier majeur que de répondre à nos interpellations sur le fond », regrette Sophie Bringuy. « Nous constatons aussi que la majorité ne nous explique pas en quoi sont action soutient une mutation forte du secteur aéronautique. Est-ce qu’elle ne comprend pas nos questions et propositions car elles sont trop loin de son logiciel ? Pourquoi n’assume-t-elle pas clairement son accord ou son désaccord si tel est le cas ? »

Le groupe Écologiste et citoyen va poursuivre son travail et ses réflexions, continuer le dialogue et les partages pour contribuer à faire avancer les dossiers concernant la filière aéronautique, mais aussi l’ensemble du tissu industriel de la région des Pays de la Loire.

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